A 61 ans, Jean-Jacques SIMON, dit Jako, fait pousser son propre cannabis. Atteint de graves problèmes cardio-vasculaires et séropositif, il en fume tous les jours pour garder l’appétit, lutter contre l’anxiété, réduire les douleurs, tenir le coup… mais il a failli passer en jugement pour détention et consommation. La légalisation du cannabis médical, il l’attend avec impatience.

Bonne nouvelle : suite aux travaux menés pendant 2 ans par le Comité scientifique de l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM), puis au feu vert accordé par le Parlement fin 2019, le cannabis médical va être testé en France. Le ministère de la Santé a enfin publié le 9 octobre dernier le décret autorisant la première expérimentation en France : elle devrait commencer avant le printemps et durer deux ans.

Son objectif ? « s’assurer que le circuit du cannabis médical fonctionne bien, de la prescription par le médecin à la délivrance par le pharmacien, en passant par l’approvisionnement et le transport », explique Bertrand RAMBAUD, co-président du Collectif Alternative pour le cannabis à visée thérapeutique, qui regroupe des patient.e.s et des médecins. « L’étude de l’efficacité du cannabis médical sera également affinée, mais ses bienfaits thérapeutiques sont déjà attestés sur le terrain », poursuit-il.

Bien que le cannabis soit illégal en France, de plus en plus de malades s’en servent au quotidien, pour soulager les douleurs résistantes aux traitements classiques et réduire les médicaments ayant de lourds effets secondaires. Dans l’expérimentation, le cannabis ne sera d’ailleurs pas délivré en première intension, mais prescrit lorsque les traitements sont inefficaces ou mal tolérés.

Le chiffre clé

22 pays en Europe sur 27 ont autorisé le cannabis à usage médical, dont les Pays-Bas, l'Allemagne, la Suisse…

Apaiser les douleurs résistantes aux anti-douleurs classiques

Mais pas de fausse joie : seulement une cohorte de 3000 patient.e.s pourra intégrer l’expérimentation qui sera restreinte à 5 situations : souffrir de certaines formes d'épilepsie sévères, de douleurs neuropathiques réfractaires aux traitements, d'effets secondaires de chimiothérapie (nausées, perte d’appétit…), de contractions musculaires incontrôlées de scléroses en plaques. Ou bien être en soins palliatifs.
Pour en faire partie, il faut se rapprocher de son spécialiste  : la prescription sera effectuée par les médecins hospitaliers (neurologue, oncologue…), qui exercent dans les centres sélectionnés par l’ANSM*. Lorsque le traitement sera stabilisé, le relais sera passé aux médecins de ville. « Tous auront reçu une formation préalable au cannabis médical » explique Bertrand RAMBAUD, qui a participé à la conception du module de formation.

Car les vertus thérapeutiques du cannabis médical résultent de la concentration de deux principes actifs différents, le THC (delta-9-tétrahydrocannabinol) et le CBD (cannabidiol). La substance psychoactive du cannabis qui fait « planer », le THC agit sur l’inflammation, la détente musculaire, l’appétit et les nausées, tandis que le CBD qui n’est pas psychotrope, améliore le bien-être en luttant contre l’anxiété et en favorisant le sommeil. Le.la médecin prescrira donc le ratio THC/ CBD, ainsi que le mode d’administration le plus approprié au.à la patient.e et à sa pathologie. Si le cannabis à fumer, en raison des effets toxiques de la combustion, est exclu, il prendra d’autres formes : gélules à avaler et huiles à prendre en gouttes sous la langue pour soulager les douleurs chroniques ; huiles et fleurs séchées à vaporiser pour lutter contre les douleurs les plus aiguës. La posologie pourra même combiner les deux.

*(Liste accessible ici : https://www.ansm.sante.fr/Dossiers/Cannabis-a-usage-medical/)

L’énorme potentiel du cannabis médical

Malgré le retard pris dans l’expérimentation, les associations attendent beaucoup de l’expérimentation qu’elles auraient aimée plus rapide et plus massive. « 3000 personnes sur 6 mois, ce n’est pas beaucoup, en comparaison du nombre de personnes qui s’auto-médiquent aujourd’hui, près de 500 000, et du nombre de personnes susceptibles d’en bénéficier, autour du million », témoigne Bertrand RAMBAUD.

Car le potentiel du cannabis pourrait être bien plus vaste que les premières pathologies retenues : il pourrait soulager les patient.e.s souffrant d’un accident cardio-vasculaire, de la maladie de Parkinson, de l’endométriose, d’une maladie inflammatoire de l’intestin, d’un glaucome oculaire, du syndrome de stress post-traumatique… sans oublier toutes les douleurs chroniques, aujourd’hui traitées avec des opiacés. Mais avant d’envisager un tel élargissement, il faut attendre le retour de l’expérimentation, or le retard pris a tout décalé : la formation des médecins, l’inscription des patient.e.s, la mise en route de la production…

Mettre un terme à la pénalisation est vraiment une urgence

Pour l’heure, il reste difficile de se soigner lorsqu’on ne fait pas partie de l’expérimentation : si on se fait arrêter, on est encore considéré.e comme un.e délinquant.e. En témoigne l’exemple de Jako, qui a été verbalisé, sur la route, il y a quelques années, avec de l’herbe qu’il rapportait du Lot pour sa consommation personnelle. Il avait pu sortir de garde à vue grâce au certificat de son médecin, puis être relaxé au tribunal correctionnel « par des juges compréhensif.ve.s qui avaient estimé que les douleurs ne pouvaient être calmées que par la consommation de cannabis. »

Un coup de chance qui n’a pas toujours lieu : la France est le pays d’Europe qui détient à la fois la plus forte proportion de consommateur.rice.s et l’une des lois les plus répressives en la matière. Depuis le 1er septembre 2020, le gouvernement a même généralisé une amende forfaitaire de 200 euros pour les usager.e.s de drogues. Reste à espérer que la consultation lancée en janvier par les Parlementaires sur la légalisation du cannabis récréatif soit le signe d’un changement de mentalité ?

Une formation dédiée au cannabis médical

Un nouveau diplôme interuniversitéaire, intitulé Du bon usage du cannabis thérapeutique, a été lancé en janvier dernier.
Destinée aux soignant.e.s, la formation sera composée de 50 heures de cours, dispensées à la fois par le Professeur Pierre LABAUGE du CHU de Montpellier et le Professeur Amine BENYAMINA de l’Université Paris Sud.
Objectif : « Apporter une formation universitaire théorique et pratique sur l’administration de produits contenant du cannabis dans le cadre de la généralisation de l’expérimentation française prévue fin 2021 ».

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