Professeur AUTHIER, peut-on parler en France de « crise des opioïdes » ?

Non, il n’y pas de crise des opioïdes en France au sens de la crise sanitaire majeure en cours depuis plusieurs année en Amérique du Nord. Néanmoins il existe plusieurs milliers de cas d’overdoses aux médicaments opioïdes, antidouleurs et de substitution à l’héroïne. Cela se traduit par au moins 400 à 600 décès chaque année consécutifs à ces overdoses.

Ces chiffre, bien que trop élevés, sont très inférieurs aux presque 150 décès quotidiens aux États Unis. Ce qui doit nous préoccuper en France c’est que le nombre d’hospitalisations pour overdoses aux médicaments opioïdes, notamment antidouleurs, augmente significativement depuis plus de dix années, de même que le nombre de décès. Ces intoxications ou surdosages sont majoritairement accidentels et donc évitables.

En parallèle, on note 2 fois plus de français (1 million) traités chaque année par des médicaments antalgiques opioïdes dits "forts" comme la morphine, le Fentanyl et surtout l’Oxycodone, augmentation surtout observée dans la prise en charge de douleurs non liées au cancer.

Les deux dernières substances étant à l’origine de la crise américaine. Il y a donc des signaux émergents en France en faveur d’une augmentation des overdoses et des décès aux médicaments opioïdes mais des solutions existent pour infléchir cette tendance et donc prévenir une crise, même si les conditions ne sont pas réunies en France, comme ce fût le cas aux États-Unis.

Quelles sont les mesures prises par les pouvoir publics et sont-elles suffisantes selon vous ?

La régulation et la communication autour du médicament en France, couplées à une plus grande prudence des médecins dans la prescription de ces médicaments sont les premiers facteurs de protection d’une dérive de leur usage et donc des risques associés.

Les médicaments opioïdes font l’objet d’une surveillance active annuelle par l’agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM).

En mai 2017, une journée d’échanges sur ce thème a été organisée pour bien identifier les problème de mauvaise usage, de risque de dépendance voire d’overdose à ces médicaments afin de proposer un plan d’action qui devrait très prochainement être publié par l’ANSM dans un rapport* sur cette question.

Une série de mesures sont aussi en cours de discussion au sein du ministère de le santé spécifiquement pour réduire le nombre d’overdoses aux opioïdes en France.

Les sociétés savantes directement concernées par la prescription de ces médicaments, comme la société française d’étude et de traitement de la douleur (SFETD) ou la société française d’anesthésie et de réanimation (SFAR) ont rédigé des recommandations pour les malades traités par ces médicaments, dont les antidouleurs.

Quels conseils donner aux personnes inquiètes pour elles-mêmes ou pour leurs proches ?

Les deux risques majeurs qu’il faut prévenir sont la dépendance et l’overdose. La dépendance survient le plus souvent après une traitement prolongé de plusieurs semaines à plusieurs mois.

Elle peut se traduire par une difficulté à arrêter le traitement à cause de signes de manque ou sevrage (dépendance physique) voire parfois une réelle dépendance psychologique avec des envies irrépressibles de consommer cette substance sans motif médical apparent. Dans ces deux cas de figure, il faut en discuter le plus tôt possible avec son médecin car des solutions existent pour se sevrer de ces médicaments.

Par ailleurs, les malades doivent être vigilants sur les raisons de leur consommation des antidouleurs opioïdes, qui ne doivent pas se transformer en tranquillisants, antidépresseurs, somnifères ou stimulants.

Il faut éviter l’automédication familiale et respecter scrupuleusement la posologie prescrite. Tout dépassement de cette posologie, même en cas de douleur plus forte, peut être à l’origine d’un surdosage accidentel avec un risque de perte de connaissance et d’arrêt respiratoire.

Ces médicaments restent néanmoins très efficaces pour traiter des douleurs sévères, notamment celles liées au cancer, post opératoires ou suite à un traumatisme important. Il faut être plus vigilant en cas d’usage prolongé dans des douleurs chroniques non cancéreuses comme celles liées à l’arthrose de hanche, de genou ou dans les douleurs de dos.

Enfin, chacun peut participer à la surveillance de ces médicaments en déclarant une complication* (dépendance, sevrage difficile, overdose …) avec ces médicaments, afin d’en informer l’agence du médicament qui analyse les effets indésirables pour adapter les mesures de sécurisation et de bon usage des médicaments.

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