Dès que l’on met un pied dehors, on les aperçoit : ces petites cartouches, gris argenté, qui jonchent la chaussée, par dizaines, le long des trottoirs… Et pire encore, depuis la crise sanitaire. D’ordinaire utilisées dans les siphons à crème chantilly, ces cartouches sont détournées pour leur effet hilarant : la cartouche est vidée dans un ballon de baudruche, afin d’en inhaler le gaz. En quelques bouffées, des effets se font immédiatement sentir : euphorie, rires incontrôlés, hallucinations… qui s’estompent en 20 à 30 secondes.

Il s’agit en fait de protoxyde d’azote, employé en cuisine, mais également dans les aérosols secs comme gaz de pressurisation, ainsi qu’en milieu hospitalier, cette fois, pour ses propriétés anesthésiantes et antidouleurs.
Inhaler du protoxyde d’azote n’est pas nouveau. Mais si la pratique existait déjà dans les années 90 (free parties, teknivals, soirées étudiantes de médecine et pharmacie… ), elle est devenue très populaire depuis deux ou trois ans : « La grande différence, c’est qu’il est aujourd’hui consommé par des adolescents de 12-16 ans, qui font leurs premières expériences de psychotropes, et le font dans un espace public », explique Sébastien LOSE, chercheur de l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT). D’après une étude réalisée par le centre d’Addictovigilance de Bordeaux auprès de 10 000 jeunes de 21 ans, le protoxyde d’azote était en 2018 la 2ème substance la plus consommée par les étudiant.e.s, après le cannabis.

L’explication ? L’accès est très facile, puisque les capsules sont vendues, en libre-service ou sur Internet, à moins de cinquante centimes l’unité. Ce qui en fait un produit très prisé par des collégien. ne.s, lycéen.ne.s, étudiant.e.s… qui en consomment sans avoir conscience des dangers existants.

66 intoxications graves

Selon les toxicologues de l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire), qui ont publié un rapport sur ce sujet en juillet dernier, les centres antipoison ont recensé de janvier 2017 à décembre 2019, 66 cas sévères d’intoxication, principalement chez des jeunes gens, âgé.e.s de 20 à 25 ans. Les deux tiers ont présenté un symptôme neurologique ou neuromusculaire, 5 ont eu des symptômes très graves comme des épisodes de convulsion, des comas ou des arrêts cardiaques.

Un produit pas cher, facile d’accès, mais dangereux

Les risques les plus courants : des brûlures de la bouche et les voies respiratoires causées par le froid du gaz. L’inhalation peut aussi entrainer maux de têtes, vertiges et chutes, notamment si la consommation est associée à d’autres substances. Enfin, il ne faut pas négliger, dès la première prise, la possibilité d’un manque d’oxygène et d’une asphyxie, ce qui provoque un arrêt cardio-respiratoire.
De plus, le gaz, s’il est consommé à haute dose, peut causer des troubles neurologiques et musculaires, comme des fourmillements, des engourdissements et des problèmes de coordination, qui peuvent persister quelques jours. Les autorités sanitaires signalent également des troubles cardio-vasculaires.

Or, pour prolonger les effets qui se dissipent vite, les consommateur. rice.s peuvent être tenté.e.s de renouveler les prises, en inhalant des dizaines voire des centaines de capsules… dans une consommation festive, mais aussi chronique. « On sait que certains jeunes en prennent 100, voire 200 à la fois… Une pratique nocive qui peut certes provoquer des dégâts, mais qui n’est pas addictive » nuance le professeur Amine BENYAMINA, président de la Fédération française d’addictologie et addictologue à l’hôpital Paul Brousse (Villejuif).

Comment faire pour limiter ce phénomène ?

Arras, Loos, La Madeleine, Gravelines… Une trentaine de communes du Nord, de l’Est et de région parisienne ont pris des arrêtés pour interdire la vente de cartouches de protoxyde d’azote, ainsi que leur consommation par des mineur.e.s. De même, une proposition de loi, adoptée au Sénat en décembre 2019 et portée par une dizaine de sénateurs de tous les partis, devrait être examinée ce printemps à l’Assemblée nationale. Le texte prévoit une peine d’un an d’emprisonnement et 3750 euros d’amende pour incitation à la consommation des mineur.e.s.
Mais tant que l’accès reste possible sur le net et que l’on peut en commander facilement de grandes quantités, est-ce que cela suffira ?

Problème : « interdire la vente et la consommation, ce serait prendre le risque de voir le protoxyde d’azote capté par les trafiquants », avertit le Professeur Amine BENYAMINA, qui invite à en parler davantage pour sensibiliser les familles et attirer leur attention sur ce produit. « Il y a une méconnaissance complète des risques ».
Même réflexion de l’Anses qui propose également de renforcer l’information sur les risques liés à la consommation, via notamment un étiquetage sur chaque capsule. « Il y a urgence à communiquer », souligne Cécilia SOLAL, toxicologue et coordinatrice du rapport publié par l’Anses en juillet dernier.

Au-delà, faudrait-il imposer aux fabricants un dispositif de sécurité rendant l'inhalation impossible ? Imposer un conditionnement plus important en volume, ce qui augmenterait le prix ? Restreindre la vente aux professionnels de la restauration ? Les acteurs de la prévention travaillent actuellement sur plusieurs pistes… la consommation se poursuit malgré les interdictions. Le produit semble bien s’être installé dans le quotidien des jeunes. En témoignent les prises policières qui font la Une, régulièrement, de la presse locale, comme la saisie, l’été dernier, de 5000 cartouches de protoxyde d’azote à Soissons, dans l’Aisne.

On me propose du « proto », je fais quoi ?

La Mildeca publie sur son site des conseils de réduction des risques, après avoir rappelé que « refuser, c’est le seul moyen de ne pas mettre sa santé en danger » :

  • Éviter de consommer debout, car la perte d’équilibre peut faire chuter.
  • Respirer de l’air entre les inhalations de gaz pour éviter l’asphyxie.
  • Ne jamais inhaler en sortie de détonateur, de cartouche ou de siphon car c’est un gaz très froid qui peut provoquer des brûlures.
  • Ne pas multiplier les prises malgré l’effet fugace du produit.
  • Ne pas prendre le volant juste après la prise.

Le protoxyde d’azote est inflammable, il faut garder les cartouches éloignées de toute flamme.

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