« Vivre Azureva » : Tout d'abord, Christian TRÉMOYET, pouvez-vous nous dire ce qu'est précisément ADIXIO ?

Christian TRÉMOYET : oui ... mais il faut pour cela revenir un peu aux origines de l'association. C'est en juillet 1960 que se tient dans les services des P.T.T. la toute première réunion traitant d'alcoolodépendance. Elle rassemble Mademoiselle DE PALMA, Assistante Sociale à la Direction des Télécommunications de Paris, et deux postiers anciens malades de l'alcool, Georges CONSEIL et Paul BUSSINGER.
Très vite, se réunissent autour d'eux quelques volontaires bénévoles qui obtiennent, en décembre 1960, leur reconnaissance en tant que section d'entreprise de l'association Vie Libre, sous la dénomination de « Vie Libre P. T. T ». Devant les résultats spectaculaires des premières actions, un comité de soutien est constitué. Celui-ci alerte la hiérarchie sur l'importance de développer l'action sociale pour traiter les problèmes individuels et collectifs occasionnés par une consommation nocive d'alcool.
Dans ce dispositif, les anciens malades sont mandatés pour prendre contact avec les agents concernés et les accompagner vers les soins. L'investissement de ces anciens malades et de ces volontaires bénévoles est la pierre angulaire de l'association.

On peut donc dire que c'est le socle, le fondement de votre association…

En effet ! Venant des deux entreprises conventionnées historiques (La Poste et Orange) et mettant à profit leur expérience, ils ont posé les jalons pour faire vivre et évoluer l'association jusqu'à aujourd'hui.
Quelques dates clés marquent justement l'évolution de l'association, depuis le soutien aux malades de l'alcool jusqu'à la gestion des addictions en milieu professionnel :

  • 2003: intégration de salariés dans l'association
  • 2006 : ouverture à tous les champs des addictions
  • 2019 : changement de nom pour « ADIXIO » (auparavant « Amitié P.T.T. », puis « Amitié La Poste France Télécom ») et « Amitié La Poste Orange » pour mieux répondre aux évolutions et aux exigences de nos entreprises et, en s'ouvrant à l'extérieur, à celles des autres secteurs d'activité (dans l'accompagnement des personnes en difficulté et dans le domaine de la prévention en milieu professionnel…)

Reconnue pour son niveau de technicité sur les addictions en général et pour la pertinence de ses actions, l'association, en plus des entreprises conventionnées, s'ouvre désormais à tous types de structures (entreprises du secteur privé, autres administrations .. .) pour diversifier son activité et les faire bénéficier de son savoir-faire. Forte d'un réseau solidement implanté en France métropolitaine, elle peut proposer des interventions adaptées à chaque contexte de travail, à chaque problématique, à chaque personne.

Quelle est l'organisation de votre association?

Le Conseil d'administration que je préside est composé de 24 membres et se réunit 3 fois par an; il y a un Bureau de 4 membres qui se réunit une fois par mois.
L'équipe salariée qui est répartie entre les coordinations régionales (qui maillent tout le territoire, hors DOM TOM) et le Siège de Paris (qui regroupe les fonctions supports comme la direction, formation, communication…)
On compte environ 500 adhérents soutenant l'association par leur adhésion, parmi lesquels on distingue les adhérents actifs et les adhérents de soutien.
Les bénévoles qui s'investissent sur des missions d'aide et d'accompagnement, de prévention ou de vie associative.

Revenons à l'alcoolodépendance : comment interprétez-vous ce délicat problème ?

C'est un sujet complexe et récurrent. Ce que l'on peut dire aujourd'hui, c'est que dans tous les secteurs d'activités, le monde professionnel a subi de grandes transformations. Face à ces changements, certains vecteurs durcissent les conditions de travail, ce qui est propice aux addictions.
Pour les addictions les plus connues, en France, 18,9% des hommes et 10,3% des femmes déclarent consommer de l'alcool sur le lieu de travail, hors repas et pots. 9% des salariés ont consommé du cannabis dans l'année et 13,7% des actifs ont un usage régulier de médicaments. Le constat est encore plus évident lorsque l'on sait que 20 à 30% des accidents de travail surviennent chez des personnes ayant consommé des substances psychoactives {alcool, médicaments psychotropes, cannabis…)
En plus d'addictions connues comme l'alcool, le cannabis ou les médicaments, de nouvelles addictions sont apparues comme celle au numérique : 37% des actifs déclarent utiliser les outils numériques professionnels en dehors de leur temps de travail.

C'est là qu'intervient votre association ?

Notre mission est d'assurer la sécurité des collaborateurs/ salariés, en impliquant l'ensemble des parties prenantes dans une logique d'accompagnement, pour que chacun devienne acteur et se mobilise face aux risques ! Notre priorité est d'appliquer la prévention comme principe de base, en s'adaptant à la taille, à la culture et aux problématiques de chaque entreprise et salarié. Nous accompagnons collectivement ou individuellement, de manière bénévole, en proposant notre expertise, de la prévention, du coaching, du soutien et de la formation.

Avec les entreprises historiques, l'association a opéré un travail de fond en organisant des actions de prévention, des réunions informatives, de conseil et d'expertise, d'aide et d'accompagnement. En 2019, ce sont plus de 6000 agents de la Poste et 2000 agents d'Orange qui ont bénéficié de ces actions.

Est-ce qu'avec une crise comme la pandémie actuelle cette problématique n'a pas tendance à s'accentuer ?

Oui, bien sûr ! Avec la crise sanitaire et l'isolement, la problématique des addictions s'est effectivement intensifiée. ADIXIO a dû s'adapter et proposer des protocoles pour identifier un comportement à risque à distance.
Nous avons expérimenté le protocole suivant sur des sites Orange et de La Poste : au cas où un salarié ne se connecte pas, par exemple, à la réunion du lundi matin, son manager lui envoie un mail, puis l'appelle, puis lui envoie un texto pour le prévenir que si, dans trente minutes, il n'a pas de nouvelles de sa part, il contactera le proche désigné comme personne de référence et, en dernier recours, appellera le 15.
ADIXIO se doit d'être là en soutien, tout en poursuivant ses actions traditionnelles. En passant à la dématérialisation totale des outils de formation et de sensibilisation, l'idée n'était pas de décliner en format distanciel ce que l'association propose en temps normal en présentiel, mais bien de faire preuve de créativité pour inventer de nouveaux outils au service des entreprises: mise au point de supports de formation sur l'impact du confinement en matière de conduites addictives pour les assistants sociaux, fiches et recommandations adaptées pour tous les salariés isolés, focus sur les outils numériques et leurs usages addictifs, séance d'échanges en visio pour remplacer les forums de prévention, utilisation d'outils en ligne comme les quizz ou les sondages…

Quelle est votre actualité et quels sont vos projets ?

Après le changement de nom pour ADIXIO en 2019, notre association poursuit son évolution en se dotant d'un nouveau projet associatif qui nous emmène jusqu'à l'horizon 2025. Ce nouveau projet vise à « proposer et promouvoir un modèle d'association réunissant expertise et expérience des addictions en milieu professionnel ». Il est organisé autour de quatre grands axes qui renvoient à l'essence même de notre association :

  • stimuler la mobilisation des bénévoles et des adhérents qui fondent le modèle d'ADIXIO
  • apporter une attention particulière à l'adaptation de notre communication aux enjeux de structuration, mobilisation et développement
  • nous inscrire dans les réseaux de prise en charge et de décision (troisième axe et non des moindres). En effet, nous sommes de plus en plus sollicités pour intervenir sur des terrains variés. La sélection de notre projet en partenariat avec l'APF France Handicap, la FNATH et le FASTT par le fonds addiction de la CNAM / MILDECA est une première étape, nous en espérons beaucoup d'autres
  • investir de nouveaux territoires et implanter de nouveaux programmes (conformément à notre volonté de développement). Il était important pour l'association de poursuivre cette initiative et d'adopter ce nouveau projet, même dans une situation où fa vie associative est fortement impactée par l'épidémie de COVID19.

Je suppose que vous participez de fait à des « campagnes de sensibilisation » ?

Nous participons effectivement avec d'autres associations à de grandes campagnes nationales de prévention et sensibilisation comme, par exemple :

  • le Dry January #DéfiDeJanvier : il s'agit de ne pas boire d'alcool pendant un mois (janvier) et de rejoindre une communauté de plusieurs millions de personnes qui vont ensemble changer leur rapport à l'alcool. Pour cette édition 2021, 11% des Français affirmait vouloir relever le défi. Pendant l'opération, le site dédié a enregistré presque 9 000 inscriptions à la newsletter et 45 000 visiteurs uniques ainsi que 120 000 pages consultées

  • Le Mois sans Tabac : c'est un défi collectif qui propose à tous les fumeurs d'arrêter pendant le mois de novembre avec le soutien de leurs proches et/ou de leur entourage professionnel. On attend l'édition 2021 avec impatience ! ADIXIO est partenaire national de cette opération organisée par Santé Publique France.

La participation à ce type de campagnes permet de se positionner comme un acteur majeur de sensibilisation et prévention.
Nous participons également à des campagnes plus courtes comme la campagne Repères Alcool en mars qui sensible aux risques de cancer accrus par l'alcool et promeut l'alcoomètre.
Nous essayons d'apporter notre pierre en l'édifice en promouvant ces campagnes sur tous les canaux: nos réseaux sociaux, notre site internet, et le Portail Malin.

Le mot de la fin, Christian ?

Nous sommes fiers de continuer à accompagner des individus et des entreprises en difficulté, surtout en ces temps de crise sanitaire. Cette crise a, d'une part, renforcé les risques d'addictions à cause de l'isolement, par exemple, et d'autre part, elle nous a obligés à nous adapter en assurant des formations et des ateliers à distance grâce à une nouvelle méthodologie interactive. Grâce au travail de chaque partie prenante, et au soutien de La Poste et d'Orange, nous avons réussi à maintenir l'activité.
Nous sommes en plein renouvellement stratégique avec le projet associatif qui court jusqu'en 2025 : vous n'avez pas fini d'entendre parler d'ADIXIO !
Merci à Azureva pour cette possibilité qui nous est offerte de présenter notre association.

Merci Christian TRÉMOYET pour ce passionnant témoignage.

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