« Avez-vous du mal à vous endormir ? ou êtes- vous plutôt anxieux, en journée ? » Depuis cet été, la vendeuse de la parapharmacie de Monoprix Meudon (92) propose tisanes mélangées, huiles alimentaires à mettre sous la langue, cure de 60 gélules… à base de cannabidiol ou CBD « Je le conseille aux clients qui sont stressés, qui ont des troubles du sommeil ou qui souffrent de douleurs : migraines, douleurs de règles, maux de dos… », explique-t-elle.

En cette rentrée, du CBD, on en trouve partout : grandes surfaces, bureaux de tabac, boutiques de vape, et bien sûr, boutiques spécialisées : CBD Shop, Greenboyz, CBD Corner, Deli Hemp CBD, etc. D’après le Syndicat professionnel du chanvre, il existe déjà 400 boutiques, sans oublier la vente en ligne.

Si autant d’enseignes se penchent sur ce nouveau marché, qui pourrait atteindre le milliard d’euros d’ici 2023 selon le SPC – le prix des fleurs, qui représentent 85% du marché, oscillant entre 5 et 12 euros le gramme, c’est que le secteur du bien-être est en pleine expansion. La raison ? La crise sanitaire. « Peur du virus, inquiétude pour ses proches, incertitude pour son travail… les clients me disent qu’ils sont à cran », explique la vendeuse de la boutique Aponia herbals, qui vient de s’implanter à Boulogne-Billancourt (92). Elle leur vend du CBD, comme elle vendrait « des fleurs de Bach » : pour se détendre. Preuve que cela fonctionne ? « Les clients reviennent ».

Mais qu’en est-il vraiment ? Si l’odeur, la forme des feuilles ou la texture des fleurs font immédiatement penser au cannabis « récréatif », officiellement, le CBD n’est pas un stupéfiant, puisque les variétés commercialisées ne contiennent que très peu de THC (tetrahydrocannabinol) : 0,2% maximum en France selon la législation. « Ce qui permet de se relaxer, sans être défoncé : le CBD n’a pas d’effets euphorisants ou psychoactifs », poursuit-elle. On peut donc l’acheter légalement, librement et sans ordonnance. Aux vendeurs de conseiller l’arôme, le dosage (5 à 20%) et le format les plus adaptés à la demande du client : le CBD peut être ingéré, fumé, vapoté ou être appliqué sur la peau.

Problème : impossible de savoir ce qu’un produit contient précisément, un flou réglementaire souligné notamment par le magazine « 60 millions de consommateurs » qui a publié un comparatif, début 2021. Le marché du CBD n’étant pas régulé, il n’existe aucune exigence en termes de qualité - comme la norme AFNOR qui s’impose désormais pour les liquides de vapotage par exemple. Si le taux de CBD affiché sur l’étiquette n’est pas forcément celui qui se retrouve dans le produit, il y a pire pour la santé du consommateur : consommer du CBD de mauvaise qualité, synthétique, coupé avec des produits toxiques, contaminé par des pesticides ou des métaux lourds… ou bien beaucoup plus riche en THC que ce qui est autorisé.

En attendant une réglementation claire, attention à garder une consommation modérée, en ayant en tête le risque de somnolence – puisque le CBD est un myorelaxant, ainsi que celui d interactions médicamenteuses (anti-épileptiques, anti-coagulants…). Concrètement, mieux ne vaut éviter de prendre le volant !

Question

Combien de THC ? Réponse : En Europe, les produits à base de CBD doivent exclusivement provenir des trois variétés de la plante Cannabis sativa L. (chanvre agricole) contenant moins de 0,2 % de THC.

Le saviez-vous ?

Le cannabidiol désigne la molécule non psychotrope du cannabis. Cette substance issue du chanvre – lui-même une variété de cannabis – ne présente pas d’effet toxique sur la santé.

Témoignage : Du CBD pour arrêter le cannabis ?

« Le CBD est aussi utilisé en réduction des risques, notamment lorsque le patient qui veut réduire sa consommation se heurte à un palier et qu’il se trouve bloqué », explique François-Xavier Mathres, éducateur spécialisé au Csapa Traits d’Union de Boulogne-Billancourt (92). « Le CBD peut alors constituer une solution alternative à un traitement médicamenteux, somnifères ou antidépresseurs. Il est consommé la plupart du temps sous forme de fleur, de résine ou de liquide pour vapoteuse ». Est-ce que cela fonctionne ? « Cela n’est pas une molécule miracle, cela peut fonctionner chez certaines personnes et pas d’autres, comme un substitut nicotinique par exemple ».

Actualité : Le gouvernement veut interdire les fleurs et les feuilles !

La commercialisation du CBD est un véritable feuilleton. Dernier épisode en date : la publication, le 21 juillet dernier, d’un projet d’arrêté par le gouvernement qui interdit la vente aux consommateurs de fleurs ou de feuilles brutes de chanvre, seules ou en mélange, comme produits à fumer ou tisanes. Seuls les produits comme les huiles, les aliments ou les cosmétiques à base de CBD resteront autorisés ! La raison ? La nocivité pour les consommateurs des fleurs qui sont souvent fumées avec du tabac. En off, on soupçonne aussi la confusion possible, pour les forces de l’ordre, entre consommation de CBD et de cannabis récréatif.

Ce projet, qui devrait être publié fin 2021 ou début 2022, fait suite à la décision de la Cour de justice de l’Union européenne, en novembre 2020, de rappeler le principe de la libre-circulation des marchandises dans l’UE: si la France était libre d’encadrer la production de CBD sur son sol, elle ne pouvait considérer comme illégale la vente de CBD issu d’un autre pays de l’UE, à condition qu’il y soit fabriqué légalement. Le CBD étant une substance no- stupéfiante en Europe, il était aussi impossible d’en limiter la vente aux produits issus de fibres et graines uniquement, comme le souhaitait alors la France. Une décision européenne que la Cour de Cassation avait entériné le 23 juin 2021. A suivre.

Les femmes et le CBD

La douleur liée aux menstruations est un sujet encore trop peu étudié par la médecine. Cependant, des voix s’élèvent pour promouvoir l’utilisation du cannabis CBD pour soulager les douleurs de règles qui peuvent faire aussi mal qu'une crise cardiaque selon un étude de 2016. De plus, des études, prouvant que le CBD pouvait aider à traiter et calmer les symptomes de l'endométriose (malade touchant 10% des femmes), ont été récemment publiées.

Les recommandations d'usage : Il faut privilégier les produits Bio et toujours en Full Spectrum. Cela ne garantit pas totalement la qualité du produit mais cela réduit tout de même les risques de mauvaise qualité.

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