Fortnite, Clash Royale, Call of Duty… Le succès des jeux vidéo ne se dément pas: d’après les derniers chiffres, 1 jeune de 14 à 24 ans sur 6, jouait en 2018 plus de 5 heures par jour et 7% plus de 8 heures ! Pour autant, tous les joueurs ne sont pas dépendants.

En juin 2018, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a reconnu, pour la première fois, l’existence d’une addiction aux jeux vidéo. Elle l’a intégrée à la dernière version de la Classification internationale des maladies et en a défini précisément les critères.

Est concerné, tout joueur qui présente «une perte de contrôle sur le jeu, une priorité accrue, au point que celui-ci prenne le pas sur d’autres centres d’intérêt et activités quotidiennes », notamment sur le temps de sommeil, les repas… et l’impossibilité à se modérer, sur 12 mois au moins.

Si l’on manque encore d’études, ce trouble appelé "gaming disorder" ne concernerait qu’une infime minorité des joueurs, de l’ordre de 1 à 2% seulement. Alors, fallait-il la reconnaître ? Oui, selon les addictologues. Car cela devrait permettre de mieux identifier les joueurs concernés et d’inciter leur entourage à les emmener consulter un spécialiste. Psychiatre addictologue de l’hôpital Paul-BROUSSE de Villejuif, à la pointe sur ce sujet, Geneviève LAFAYE espère que « cela facilitera leur orientation et leur prise en charge ». Car, si elle compte jusqu’à 25% de jeunes dépendants aux écrans dans son service, elle sait que l’«on ne vient pas facilement consulter ».

Pour un meilleur accès aux soins

L’addictologue espère également qu’à terme, cette reconnaissance puisse débloquer des fonds, ouvrir des centres de soins supplémentaires et encourager la recherche sur le sujet… qui reste encore balbutiante. Sans oublier la mise en place d’actions de prévention car « beaucoup de parents sont soit dans le déni, soit dans la diabolisation. Cette reconnaissance permet d’avoir une définition objective. »

Bémol : l’OMS reste, pour l’heure, la seule institution à reconnaître le phénomène et cette reconnaissance ne fait pas encore l’unanimité. L’académie de médecine, notamment, attend la publication de nouvelles études scientifiques pour se prononcer. Car, beaucoup de soignants restent sceptiques, arguant que les jeux vidéo ne révèlent qu’une pathologie pré-existante, comme des troubles dépressifs ou anxieux. « Bien sûr, les jeux peuvent avoir un intérêt pédagogique, et même thérapeutique, en permettant, par exemple, de faire des rencontres quand on est inhibé. Mais cela peut aussi déraper », répond Geneviève LAFAYE.

Alors, quand s’inquiéter ? « Il n’y a pas que la question du temps à prendre en compte, mais cela doit mettre la puce à l’oreille », avertit la psychiatre. Ensuite, tout dépend de son quotidien : « il faut veiller à ce qu’il n’y ait pas de rupture. Si le joueur commence à sécher les cours, s’il ne voit plus ses amis, s’il arrête ses activités extrascolaires, s’il s’investit moins dans la vie familiale, s’il devient terne… on peut l’emmener consulter. » Un tableau que l’on retrouve… dans pratiquement toutes les addictions.

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