C’est officiel, la vente de tabac baisse : selon des chiffres communiqués par l’OFDT, les buralistes ont vendu l’an dernier presque 9% de tabac en moins qu’en 2017.

Les causes ne sont ni la hausse de la contrebande, ni celle des achats à la frontière… Non, si les cigarettes se vendent moins bien, c’est tout simplement, qu’il y a moins de fumeurs en France.

Si l’on compte encore 11,5 millions de Français qui fument quotidiennement, ce qui entraîne chaque année 73 000 décès, les derniers chiffres sont formels : la France a enregistré une baisse de 1 million de fumeurs en 2017, puis de 600 000 en 2018, communiquait l’OFDT lors de la dernière Journée sans tabac, le 31 mai 2019. Notamment chez les plus jeunes.

« Après plusieurs années de stagnation, on observe un recul très important du tabagisme quotidien (…). Ces premiers résultats sont très encourageants et confirment que les mauvais résultats en matière de tabac ne sont pas une fatalité », s’enthousiasmait fin mai Agnès Buzyn, la ministre de la Santé, dont l’objectif est que «la génération qui naît aujourd’hui soit la première génération sans tabac».

Un constat partagé sur le terrain : « en effet, si le nombre de fumeurs baisse, c’est dû à une véritable volonté politique du gouvernement », se félicite Amélie Eschenbrenner, porte-parole du Comité National contre le Tabagisme (CNCT). Car si la France arrive enfin à de tels résultats, c’est, à la suite des premiers jalons posés avec la loi Veil puis la loi Evin, la conséquence de l’adoption des 3 plans Cancer depuis 2003, et surtout, celle du Programme national de réduction du tabagisme 2014-2019, dans lequel s’inscrit la stratégie actuelle.

Un paquet bientôt à 10 euros

Ce qui a changé la donne ? Une mesure-phare, votée en octobre 2017 : l’augmentation régulière du prix du paquet de cigarettes pour lui faire atteindre les 10 euros en 2020… alors que le paquet en valait à l’époque 7 euros en moyenne.

« Frapper le fumeur au porte-monnaie, on le sait, est la mesure la plus dissuasive » explique Loic Josseran, Président de l’Alliance contre le tabac, qui rassemble 25 associations de lutte contre le tabagisme. Car pour un fumeur qui fume 1 paquet par jour, le tabac représentera l’an prochain un budget annuel de 3650 euros… un argument de poids, d’autant que cette hausse pourrait se poursuivre : « C’est un levier très puissant, à condition que l’on ne s’arrête pas à 10 euros et que l’on suive le modèle de l’Australie et de la Grande-Bretagne où le paquet vaut entre 15 et 20 euros aujourd’hui », continue le médecin.

Si depuis plusieurs années l’augmentation du prix est efficace, elle s’accompagne également d’un changement progressif de l’image de la cigarette dans la société. Jusqu’à récemment, elle bénéficiait d’un à priori positif, les fabricants ayant réussi à coups de publicité (cinéma, TV, mode…) à lui coller une étiquette liée au plaisir et à la liberté.

Une mission en bonne voie d’être réussie : fini le temps où l’on pouvait fumer dans les ascenseurs, les avions, les bureaux, les lycées, les restaurants ou même les hôpitaux ! Depuis la loi Veil en 1976, la France s’est dotée de tout un arsenal juridique, dont le décret Bertrand en novembre 2006, qui a renforcé les interdictions et en 2019, pratiquement tous les lieux publics sont désormais des « espaces sans tabac ».

Les parcs pour enfants, les espaces verts, les plages ont mêmes rejoint récemment cette catégorie : malgré les initiatives qui incitent l’été les vacanciers à ramasser les mégots pour nettoyer le littoral, il s’agit moins d’une initiative écologique que pédagogique, visant à limiter l’exposition des plus petits à la vue de fumeurs.

Les jeunes sont également ciblés par l’instauration de l’une des mesures les plus combattues par les buralistes : la mise en place, par la ministre Marisol Touraine du paquet neutre le 1er janvier 2017. Une mesure qui s’inscrit dans la continuité de l’interdiction des demi-paquets ainsi que de la vente aux mineurs, « que l’on sait non efficace », déplore Amélie Eschenbrenner du CNCT. « En retirant des paquets le logo des fabricants et en y inscrivant des messages chocs, l’objectif est de limiter l’entrée dans le tabac des plus jeunes, que l’on sait sensibles au marketing. »

Vers une meilleure prise en charge

Si ces deux catégories de mesures, plutôt restrictives, fonctionnent bien, c’est qu’elles s’accompagnent d’une troisième catégorie : un meilleur accompagnement des fumeurs vers l’arrêt. Aujourd’hui, plus de 800 000 professionnels, dont les infirmiers et les sages-femmes peuvent prescrire des substituts nicotiniques. Des patchs, gommes, inhaleurs, etc. qui depuis 2018 sont pris en charge à hauteur de 100% par la Sécurité sociale : un coup de pouce bienvenu, lorsqu’une boîte de chewing-gum à la nicotine vaut une vingtaine d’euros à la pharmacie.

Dernier élément, l’instauration en 2016 du Moi(s) sans tabac en novembre, sur le modèle du « Stopober » qui existe depuis 2012 en Grande Bretagne, qui permet de communiquer dans les médias, comme chez les professionnels de santé, sur l’opportunité d’arrêter de fumer.

Grâce à cette communication, à la distribution de kits gratuits en pharmacie, à la mise en ligne d’une nouvelle application Tabac info service, la 3e édition a été un succès : 242 000 personnes se sont inscrites en 2018, contre 158 000 l’année précédente.

Peut-on déjà crier victoire ? Hélas non, répondent les acteurs sur le terrain : avec 1 Français sur 4 qui fume (deux fois plus qu’au Royaume-Uni) et 200 décès par jour, les chiffres sont encore élevés.

« Il faut maintenant s’attaquer aux catégories qui ont le plus de mal à arrêter de fumer, notamment les catégories les plus précaires », encourage Loïc Josseran. « Et surveiller l’industrie du tabac qui n’a pas renoncé à séduire la jeunesse », poursuit Amélie Eschenbrenner, qui continue à traquer les publicités déguisées dans les compétitions sportives, les séries TV et sur Youtube.

Un travail de longue haleine.

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