On évoque souvent les jeunes ou encore les femmes, peu les pauvres. Si les campagnes de prévention semblent porter leurs fruits, elles se heurtent à un écueil : toucher les catégories les plus précaires, nombreuses encore à fumer.

Communiqués avant l’été, les derniers chiffres officiels montrent une baisse du nombre de fumeurs dans les classes populaires. « Une première, se réjouit Loic Josseran de l’Alliance contre le tabac, mais il y a encore fort à faire pour les aider à sortir du tabac. Avec près d’un fumeur sur deux dans les milieux les plus fragiles, cela reste un vrai marqueur social ».

« On trouve davantage de fumeurs réguliers et de gros fumeurs dans les milieux défavorisés », écrit Patrick Peretti-Wattel, sociologue à l’Inserm qui a travaillé sur le sujet. Problème : ils seraient aussi moins nombreux à s’arrêter. « Ce n’est pas spécifique au tabagisme, mais on constate que les personnes précaires sont moins sensibles aux messages de prévention » acquiesce Yana Dimitrova chargée de mission à la Ligue contre le cancer.

Pourquoi ? Tout d’abord, parce qu’elles ont des préoccupations plus urgentes que de se soucier de leur santé sur les vingt prochaines années. Difficile de se soucier du long terme, lorsque l’on vit au jour le jour et que l’on a des difficultés à payer son loyer.

Une dimension réconfortante

A ceci s’ajoutent d’autres facteurs : non seulement elles manifestent une plus grande « méfiance » à l’égard des pouvoirs publics, pas forcement perçus comme « légitimes » sur le sujet, mais elles sont aussi plus attachées à la cigarette, qui ne souffre pas auprès d’elles d’une mauvaise image, comme c’est le cas ailleurs.

Elle est même « perçue comme un produit de première nécessité », écrit Patrick Peretti-Wattel dans son enquête intitulée La cigarette du pauvre, puisqu’elle aide à décompresser, à gérer le stress, à supporter ses galères au quotidien (logement, travail, famille…). « Dans ce contexte, l’arrêt est alors perçu comme une nouvelle contrainte et comme la privation d’un plaisir immédiatement disponible ».

Ce qui complique encore la situation, c’est que le niveau de dépendance au tabac y est plus élevé : on commence à fumer plus jeune et l’on fume plus que la moyenne, d’après une étude de la SFT (Société française de tabacologie). Et qu’il est plus difficile de mobiliser les « ressources » nécessaires au sevrage : prendre rendez-vous avec son généraliste / tabacologue, acheter un traitement de substitution, modifier sa façon de vivre (sport, alimentation..), etc. Un véritable casse-tête pour les pouvoirs publics : comment faire pour toucher ce type de fumeurs, qui seront demain, les premiers à souffrir de pathologies associées ? « Car le tabac est à l‘origine de fortes inégalités sociales en matière de santé : problèmes cardiaques, respiratoires, etc. », s’indigne Loic Josseran.

Des inégalités qu’on ne peut laisser perdurer

Or, pour l’heure, les augmentations successives du prix du paquet, qui ont réduit significativement le taux de tabagisme chez les cadres et les employés, n’ont eu chez eux qu’un impact faible et à retardement… tout en augmentant la part du tabac dans leur budget.

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